Pô pô lô

Publié le par IP

C’est bien, vous avez tous patiemment attendu la suite et la fin de mon récit sans que je n’aie reçu d’emails d’insultes.

Laisse-moi donc vous comptez la suite, alors...

Tant de questions…
Voyant que l’homme se rapprochait dangereusement, je décidai de passer au rythme de déplacement qui vous caractérise tous sales mécréants : la marche.
Je serrai mes petits poings osseux, puis je réfléchis à la façon la plus primaire pour l’abattre de mes mains nues au cas où l’affrontement serait inévitable - je savais que j’en avais « trop vu », et qu’il ne me laisserait pas filer de la sorte.

Le combat d’homme à homme s’avérait l’unique issue de cette rencontre fortuite.
Au fur et à mesure que je m’approchai, j’entendis enfin ce que le bougre grognai : « Pô pô lô, pô pô lô… » Avec un accent Beauceron aussi fort que celui d’Arielle D.
Pô pô lô ?
S’agissait-il d’un de ces tueurs en série venu d’une terre étrangère et qui arpentent nos campagnes tôt le matin ?
S’agissait-il d’une incantation magique pour me transformer en une Arielle supportable?
« Mais non ! » pensais-je en me tapant le poing droit dans la paume gauche tel un Archimède moderne.
Mes cours de Beauceron, que j’avais suivi en Terminale (oui, on avait Beauceron comme option, en plus de maquillage of course), revinrent à ma mémoire.
«Pô pô lô  = pas par là » me dis-je.
Pas par là ? Mais pourquoi ?
Voyant que ses borborygmes ne semblèrent pas avoir plus d’effets que la lecture de "Oui-Oui rentre au CM1" sur Arielle Dombasle, il se mit à faire des mouvements avec ses bras musculeux. Bon, seul 2% de mon lectorat a des bras musculeux, donc les autres, vous ne pouvez pas bien comprendre, mais en gros, c’est un type avec deux bras comme ceux d’Arielle Dombasle de Michel Sardou d’Erik Pourpon
Aaaah, la lutte s’annonçait sans merci, car l’homme connaissait lui aussi véritablement les arts martiaux de l’empire de l’Orient de Beauce.

Oui, j’allais mourir dans la bataille, héro parmi les héros de la Beauce profonde. On parlerait longtemps de moi dans les sillons. On viendrait sacrifier une douzaine de chats tous les 12 du mois. Les joueurs de Jokari du monde entier pleureraient sur ma tombe.  Des femmes nues viendraient jeter leur corps inconsolable au pied de ma statue. On me construirait une stèle faite de boue et de paille aussi grande que la Tour Eiffel de Las Vegas. On lirait ma dernière lettre aux enfants lors du premier jour de leur rentrée scolaire. On viendrait déposer sur ma tombe des branches d’araucaria. On s’arracherait mes slips en laine et mes sous-pulls en cuir.
Ah, oui, je serais un hérooooo.

Un dernier pô pô lô m’arracha à ma rêverie.

La rencontre s’annonçant imminente et inéluctable, je lançai un désespéré « B’jour m’sieur, cavatidonc c’matin ? » en espérant qu’il n’en profite pas pour me faire le fameux coup du sanglier nain (il faudra que je vous explique un jour).
Promis.
« B’jour mon p’tit gô » répondit-il avec une voix si douce que je pensai un instant avoir à faire à un infirmier du Centre.
« Y faudré-t’y pô qu’tu pôsses-t’y pô lô, y’a ti un arb’ qui vô s’casser la bérouette, c’ty dang’reux c’te histouère, non mais… J’m’en va lui couper en p’tits bouts, y’a t’y tro d’gens qui pôssent’y par ici » ajouta-t-il.

Sa réponse me fit le même effet qu’une analyse politique par feu Michel Sardou, et je laissai couler mon urine le long de mes mollets musculeux.

Le monsieur voulait me sauver la vie ?

Que j’étais bête alors (retapage du poing droit dans la paume gauche).
Je fis donc le détour recommandé, non sans avoir jeté un rapide coup d’œil dans le coffre de sa voiture (j'y vu des bidons d’essences et  trois tronçonneuses de diverses tailles.)

400 mètres plus loin, je m’écroulai en tremblant, en pensant que ce bûcheron aurait pu tout de même me débiter en morceau avant de me brûler.

Mais tout cela est une autre histoire…N’est-ce pas Maréchal ?

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huguette 03/10/2007 07:04

Tu ne dois pas venir à la ville, je répète, tu ne dois pas venir à la ville. Peut-être le sais-tu déjà, mais la Beauce t'as sauvé la vie. Pas toute la vie, mais juste ce qu'il te faut. Attends encore un peu avant d'aller voir ailleurs.

IP 03/10/2007 21:16

Promis crache jure...Je prends note...

Gi 02/10/2007 11:37

Phrase à répéter 10 fois très très vite : "Le bucheron beauceron bosse au bois..."

IP 03/10/2007 21:15

Ca y est...et apres? :-)

Bof. 01/10/2007 20:49

Je me rends compte, maintenant, que j'ai bien fait de toujours me méfier quand je suis obligé d' aller au nord des monts d'Ambazac. Même en été, quand on peut rouler.

IP 01/10/2007 21:14

On est tranquille nulle part...(tu parles bien le Creusois, ou tu as un accent de la Haute Vienne?)

lorent 01/10/2007 19:02

Parole de percheron, ce gars là faut le mettre sous cloche, un des derniers descendants d'une espèce révolue. Les beaucerons que je connais conduisent des tracteurs de 500 cv dont l'electronique embarquée ferait peur à un geek de bon niveau  :))

IP 01/10/2007 20:30

et encore, je n'habite pas dans la Creuse...

antenor 01/10/2007 13:14

quelle horreur, mais quelle horreur...

IP 01/10/2007 17:50

Aaaaaah, quelle joie, quelle joie, quelle joie !